LE MONDE | 30.08.07 | 14h00 * Mis à jour le 30.08.07 | 14h00
Pour sa 15e édition à La Rochelle, du 31 août au 2 septembre, l'université d'été du Parti socialiste risque de ressembler à une salle des pas perdus. A l'image de ces salles d'attente qui ornent les gares, les assemblées parlementaires et les palais de justice, elle sera, loin
de donner le coup d'envoi à une rénovation dont elle prétend établir
le "diagnostic", un lieu d'arrêt marquant plus une hésitation qu'une résolution à sauter le pas.
Pourtant, juste après La Rochelle, et selon le calendrier qu'a fait adopter François Hollande, le 24 juillet, des groupes de travail doivent préparer les trois forums - le premier, sur la nation, est programmé pour le 24 novembre - qui rythmeront la rénovation d'ici les élections municipales puis le congrès du printemps 2008.
Les défections en trombe des "éléphants" - de Dominique Strauss-Kahn, candidat à la direction du Fonds monétaire international, à Martine Aubry, en passant par Laurent Fabius, Lionel Jospin, Jack Lang et Jean-Luc Mélenchon -, les commentaires peu amènes des "jeunes lions" rénovateurs sur ce rite estival jugé désormais dépassé - "bal des procureurs" et "concours des mondanités socialistes", aux yeux de Gaëtan Gorce, député de la Nièvre - ont achevé de transformer le rendez-vous en université des pas perdus. Et, à la veille des agapes socialistes, Michel Rocard a rejoint, avec une mission sur les enseignants, la farandole de l'ouverture. Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et François Hollande, vedettes annoncées, devront déployer beaucoup d'énergie pour contredire cette image.
Tout se passe comme si, depuis le 6 mai, le PS restait bloqué sur
la case de ses défaites, présidentielle et législatives. Inaudible dans son opposition à un Nicolas Sarkozy qui tutoie les sommets de la popularité, il apparaît au mieux velléitaire, au pire paralysé sur une rénovation dont il ressent l'ardente obligation - au vu de sa crise d'identité et de l'extrême lassitude de militants de plus en plus rebutés par les jeux d'appareil - mais qu'il ne sait plus comment entreprendre. Le PS sait qu'il doit se rénover, mais il a visiblement perdu le mode d'emploi.
La poursuite, et même l'amplification, des querelles de personnes - alors même qu'à l'unisson "éléphants" et "jeunes lions" font le serment d'en finir avec ce que M me Royal a appelé, le 25 août à Melle (Deux-Sèvres), "des règlements de comptes inutilement brutaux"
et "une violence verbale incompatible avec l'idéal socialiste" -, l'affirmation, et même l'exacerbation, de stratégies solitaires, la substitution progressive à des courants devenus obsolètes d'une myriade de microchapelles et de petites écuries aux contours idéologiques plus flous que les précédents compliquent encore
la donne de la rénovation promise.
Le PS semble ainsi revivre à la fois 1990 et 1993. En 1990, c'est le congrès de Rennes, l'implosion du parti d'Epinay, incapable d'ouvrir l'après-mitterrandisme qui s'annonçait, avec un premier secrétaire, Pierre Mauroy, qui vivait son mandat comme "une épreuve"
et peinait à résister aux assauts d'un Laurent Fabius qui ne s'était jamais résigné à le voir occuper cette place.
Aujourd'hui, c'est le cycle d'Epinay, celui de l'union de la
gauche - en voie d'extinction compte tenu de l'effondrement du Parti communiste - qui se termine sans qu'aucune alternative s'esquisse.
M. Hollande achève son long règne, mais la question du leadership reste un non-sujet, un angle mort. Impatiente au soir de sa défaite
de prendre le parti, Ségolène Royal botte désormais en touche.
Les quadras de la rénovation, Arnaud Montebourg et Manuel Valls
en tête, ne masquent pas leurs ambitions. Mais, à ce jour,
il n'y a aucun candidat déclaré à la succession de M. Hollande.
En 1993, le PS est confronté à sa défaite électorale la plus humiliante depuis 1968. Avec 57 députés, il ne peut même pas déposer seul une motion de censure ! C'est aussi, entre autres causes, la sanction du désastreux congrès de Rennes.
Le PS entre dans une crise qui paraît sans fin avec, en deux ans
et demi, quatre premiers secrétaires qui se succèdent à sa tête.
En 1995, Lionel Jospin esquisse une rénovation idéologique. En 2007, les défaites électorales apparaissent aussi, au-delà des erreurs
de campagne de M me Royal, comme la sanction de l'immobilisme idéologique du PS depuis 2002. Nettement moins humiliantes qu'en 1993 - la candidate socialiste a battu le record en voix au deuxième
tour d'une élection présidentielle et, avec 204 élus et apparentés,
le PS a gagné 55 élus par rapport à 2002 ces défaites ont produit
les mêmes symptômes.
CONFUSION ET CACOPHONIE
Le premier parti d'opposition apparaît atone, alors qu'il s'agite,
mais dans la confusion et la cacophonie. Sur la rénovation elle-même, chacun rivalise en férocité pour diagnostiquer les maux - sclérose, sectarisme, immobilisme, déshérence, anémie de la réflexion
et de la proposition, archaïsme, etc. -, mais les potions curatives
ou réformatrices peinent à prendre forme.
La rénovation sera-t-elle une refondation, une remise à plat, une mutation, un aggiornamento ou un simple ravalement de façade ?
Le PS est-il destiné à se muer en parti social-démocrate, progressiste, réformiste, social-libéral ? M me Royal parle d'un "grand parti moderne, portes et fenêtres ouvertes sur la société", et prône "l'équilibre entre
le collectif et l'individuel", mais elle tarde à dépasser les propositions de sa campagne. Arnaud Montebourg imagine "des lignes politiques nouvelles", mais il reste à les définir. M. Valls juge qu'"une grande partie des idées de la gauche se sont épuisées".
Le député de l'Essonne veut "revoir la déclaration de principes",
qui date de 1990, et changer "en profondeur" le logiciel, mais
il n'esquisse encore que des pistes.
Même télescopage de positions sur l'opposition à M. Sarkozy, dont
M. Hollande cherche à faire le combat commun des socialistes.
Mais M. Gorce plaide pour une opposition "ni caoutchouc ni frontale", sans exclure la recherche de convergences avec la droite. De même, M. Valls n'écarte pas de "faire un bout de chemin avec la majorité
sur des sujets qui peuvent faire consensus" .
Même Mme Royal reconnaît à M. Sarkozy "une sincère volonté de réforme", tout en le soupçonnant d'immobilisme. Sur les alliances, l'heure n'est pas à la clarification.
Le PS privilégie toujours le rassemblement à gauche. Echaudée
par son rapprochement avorté durant sa campagne avec le MoDem
de François Bayrou, M me Royal, plus prudente, estime qu'"une alliance se fonde sur un projet politique".
Mais plusieurs de ses proches, tel François Rebsamen, envisagent
des accords aux municipales avec le MoDem, et même M. Delanoë n'en fait plus une question taboue.
Nul n'attend du PS qu'il fasse sa rénovation le temps d'une université d'été. C'est, comme le dit Mme Royal, "un travail de longue haleine" .
Mais encore faut-il avoir la volonté de l'engager.
Michel Noblecourt
Article paru dans l'édition du 31.08.07
Source : http://desirsdavenir32.zeblog.com
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