Benazir redoutait un attentat
Avant même son retour au Pakistan le 18 octobre dernier, le bras droit et amie de toujours, de Benazir Bhutto,

Naheed Khan, martelait que " la menace numéro un pour "BB", ce sont les islamistes ". En effet, l'attentat le plus meurtrier du Pakistan a visé Benazir, alors qu'elle était sur son convoi en train de saluer " son " peuple qu'elle retrouvait parès huit ans d'exil. " Ce n'est pas moi qu'ils ont visé mais ce que je représente " déclarait Benazir Bhutto au lendemain de l'attentat qui a coûté la vie à 137 personnes. " Les islamistes n'ont aucun intérêt à laisser la démocratie revenir. Car ils savent que nous sommes déterminés à les combattre ".
Depuis ce jour, et c'est son entourage proche qui le dit, Benazir Bhutto vit dans la crainte d' un attentat. " Mais n'a pas peur " confie Naheed. " Elle se battra pour la démocratie et ne se laissera pas intimider par des éléments extrémistes qui veulent saboter le processus démocratique en cours avec les élections".

Le président Musharraf qui craignait des menaces d'attentat en période de campagne électorale, avait pourtant averti Benazir Bhutto de limiter ses déplacements, les mouvements de foule et les grands meetings.
Benazir Bhutto était la cible parfaite des islamistes : car elle était une véritable amie de l'administration Bush et une future alliée de Musharraf. Même si l'accord de partage de pouvoir " Bhutto-Musharraf " a volé en éclats avec l'instauration de l'état d'urgence le 3 novembre, Benazir a pour une certaine frange de la population islamistes fanatiques incarné la trahison. Si son parti, le PPP, remporte la majorité aux élections du 8 janvier, elle serait sans doute redevenue Premier ministre et aurait donc, de facto, partagé le pouvoir avec Musharraf. Ce que ne lui pardonnent pas ce qui ont voulu sa peau.
Des milliers de Pakistanais suivent le cercueil de Bhutto
En larmes, se frappant la tête et la poitrine en signe de douleur, des milliers de partisans de Benazir Bhutto ont suivi le cortège funèbre de l'ancien Premier ministre pakistanais, assassiné la veille dans un attentat suicide.

Le cercueil recouvert du drapeau vert-rouge-noir du Parti du peuple pakistanais a quitté en ambulance la maison familiale de Naudero, dans la province du Sindh, accompagné du mari de la dirigeante de l'opposition assassinée, Asif Ali Zardari.
Benazir Bhutto a était inhumée dans le mausolée familial du cimetière de Garhi Khuda Bakhsh, à sept kilomètres de là, un édifice blanc surmonté d'un dôme dont elle avait ordonné la construction.
Elle reposera aux côtés de son père Zulfikar Ali Bhutto, le premier Premier ministre élu du pays, renversé par l'armée en 1977 et pendu ensuite, et de ses frères Murtaza et Shahnawaz.
Des slogans contre le président pakistanais Pervez Musharraf sont montés de la foule. "Honte à Musharraf l'assassin!", ont crié les partisans de Bhutto le long du trajet vers le cimetière, certains juchés sur les toits des maisons.

"Vous pouvez tuer les Bhutto, et les tuer encore, il y en aura toujours un pour se dresser contre vous!", ont repris les manifestants.
Le corps de Benazir Bhutto avait été amené d'Islamabad à bord d'un avion de l'armée de l'air. Venus de Doubaï, le mari de Bhutto, Asif Ali Zardari, et leurs trois enfants accompagnaient le cercueil.
L'arrivée de la dépouille dans la maison familiale, à bord d'une ambulance, avait été accueillie par les pleurs et les cris de la foule. "Soyez patients. Donnez-nous le courage de supporter cette perte", avait lancé Zardari.
Un jour noir pour l'opposition
Benazir Bhutto incarnait l'espoir du retour à la démocratie. C'est maintenant fini. Le parti démocrate le plus populaire est désormais orphelin. Privée de son icône, l'opposition peut-elle

survivre ? C'est un jour noir pour elle. Mais peut être aussi le début d'un renouveau.
Beaucoup de Pakistanais approuvaient Benazir Bhutto car " il n'y avait qu'elle " comme ils disent. " Maintenant, peut être que sa disparition sera l'occasion pour de nouvelles figures politiques d'émerger " témoigne Shaheed, un jeune sympathisant du PPP de Bhutto, joint par téléphone. " C'est tragique qu'elle finisse comme cela mais j'espère que ça fera naître une nouvelle conscience politique. Car il y a beaucoup de gens qui valent la peine.
Pour l'opposition, le 27 décembre est un double coup dur. D'abord, pour le PPP en deuil, la relève sera impossible à assurer d'ici le 8 janvier. Et pour l'autre grand parti d'opposition, la PML-N, son leader Nawaz Sharif a annoncé qu'il boycotterait le scrutin.
Plus qu'un jour noir pur l'opposition, c'est un jour de deuil national. Benazir était une icône, elle pouvait rassembler et faire vibrer les foules. Elle portait un nom et savait l'utiliser.
" Maintenant, le principal challenge pour l'opposition sera de repenser sa stratégie, et cela passe par des figures politiques nouvelles " estime Amir, un journaliste pakistanais.
L'opposition sera-t-elle faire de ce drame un nouvel espoir ?