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Banlieues Avec Ségolène 2012
lundi 28 janvier 2008, a 03:44
"La loi sur le pouvoir d'achat n'est qu'un placebo"
 

  tetiere_01

Raymonde Le TexierTrois Français sur quatre ne font pas confiance au gouvernement sur la question du pouvoir d'achat et 65% estiment que les mesures annoncées en faveur de celui-ci ne vont pas dans le bon sens.

Il y a moins de six mois, dans ce même hémicycle, Madame Lagarde nous promettait un choc de confiance et un choc de croissance. Aujourd'hui, c'est une nouvelle loi sur le pouvoir d'achat qui nous est présentée car il n'y a eu ni choc confiance, ni relance de la croissance..   ...juste la nécessité de mettre en place un « Monsieur Heure supplémentaires » tant la mise en œuvre votre texte était d'une complexité décourageante pour les chefs d'entreprise, voire icompréhensible. L'aveu d'échec est patent.

De plus, les milliards d'euros que coûte la loi TEPA ont bloqué toute marge de manœuvres budgétaires. L'argent éventuellement disponible a été consacré à satisfaire en priorité les revendications des plus aisés en matière de succession, d'ISF et d'imposition des dividendes. Un point de PIB qui aurait pu être affecté à des besoins plus essentiels. 

De surcroît, le peu d'amélioration constaté sur certaines fiches de paye s'est traduit par une aggravation des déficits publics et sociaux pour tous, à travers le renforcement de la politique d'exonération. 

Le résultat : des caisses vides, une faible croissance et des inégalités qui explosent. 

Quant au Président de la république, qui s'est fait élire en tant que président du pouvoir d'achat, il n'aura mis que 6 mois à passer du volontarisme dans le discours à l'impuissance dans les faits.  

Une incapacité à changer la donne qu'il a d'ailleurs reconnu lors de ces vœux à la Presse le 8 janvier : « Qu'est ce que vous attendez de moi, que je vide des caisses déjà vides, Que je donne des ordres à des entreprises à qui je n'ai pas à donner d'ordres? » a-t-il avoué.  

Cela ne vous empêche pas de proposer une énième loi qui n'a d'autre intérêt que de communiquer autour de son intitulé. D'ailleurs s'il fallait une preuve de son caractère conjoncturel : à savoir « sauver la crédibilité du soldat Sarkozy », son caractère opportuniste, ponctuel et limité en témoigne. Nous votons en janvier une loi qui ne s'applique que jusqu'en juillet, alors que la question du pouvoir d'achat pose clairement le problème du revenu disponible des ménages, de l'explosion de la précarité, de la multiplication des travailleurs pauvres et du temps partiel, des difficultés pour les jeunes à accéder au monde du travail et de la facilité des seniors à s'en voir exclu. 

Mais faute de vision à long terme d'une politique de l'emploi et faute de volonté pour s'attaquer aux inégalités, le gouvernement réduit cette question à la simple équation de la durée du travail. 

Outre votre aveuglement volontaire face aux dures réalités que subissent les Français, cette orientation vous permet surtout de brandir, comme un étendard, ces 35 heures que vous accusez de tous les maux. Un rideau de fumée que vous mettez régulièrement en place pour tenter de faire oublier vos résultats pitoyables en matière économique. En réalité vous êtes au pouvoir depuis 6 ans, le moins que l'on puisse dire c'est que vos résultats ne sont ni à la hauteur de vos prétentions et encore moins des attentes de nos concitoyens.

Selon l'INSEE, la période 1996-2001 se caractérisait par une tendance à la baisse de la pauvreté avec une hausse du niveau de vie moyen de 1,7% par an (+3,3 pour les plus modestes). La période 2003-2006 voit cette tendance s'inverser.

Cette nouvelle loi ne changera rien. Elle ne donne en réalité aucun droit mais offre seulement des possibilités.

Difficile d'ailleurs de faire autrement puisque l'argent que vous souhaitez distribuer ne vous appartient pas et que son déblocage dépend avant tout du bon vouloir des employeurs. Bonne volonté sur laquelle vous n'avez aucun pouvoir.

C'est dire la crédibilité des chiffres que vous annoncez : les 30 à 35 milliards de pouvoir d'achat supplémentaire ne se fondent sur aucune analyse, aucune étude d'impact et ne dépendent pas de l'engagement de l'Etat. Ils ne sont là que pour donner l'impression aux Français que vous agissez et parce que l'arrivée des Municipales vous fait craindre un désaveu de votre politique nationale.

Les trois articles qui concernent le monde du travail sont révélateurs de votre méthode.

Le premier concerne la possibilité de transformer ses RTT en heures travaillées. On retrouve là l'alpha et l'oméga de votre politique : « travailler plus pour gagner plus ». Quel truisme ! Lorsqu'on travaille plus longtemps, on est payé plus. Logique. Ce que vous dites aux salariés c'est: « vous avez du mal à finir vos fins de mois, vendez donc vos jours de congé… si l'employeur est acheteur… ».

Ajoutons que cette mesure si elle réduit le pouvoir d'achat à la seule question du travail, ne concerne malgré tout que 38% de salariés. Ceux qui bénéficient des RTT. Et encore ne les concerne t'elle que potentiellement puisque cela dépend des besoins de l'entreprise et est en effet à la discrétion du patron. En la matière, entre le potentiel et le réalisé, il y a un fossé.

 

Si tout repose aujourd'hui sur la possibilité de faire des heures supplémentaires - car enfin il s'agit bien ici de transformer les RTT en heures supplémentaires - les différences de traitement entre salariés vont encore s'accentuer. Ce sont en effet les secteurs où les salaires sont les plus bas et le temps partiel subi le plus répandu qui ont le moins de RTT.

Et si l'accroissement des heures supplémentaires et le rachat des RTT peuvent mettre un peu de beurre dans les épinards pour certain, cela ne remplace pas une augmentation pérenne du salaire horaire. Par ailleurs, le système des heures supplémentaires va à l'encontre de la création d'emploi.

A terme, la facture s'alourdit pour tout les Français. Tous ces dispositifs défiscalisés déséquilibrent encore plus les comptes de l'Etat, comme ceux de la sécurité sociale, justifiant a posteriori la baisse des protections et des remboursements, l'augmentation des prélèvements, la hausse des cotisations sociales, l'augmentation des tarifs de mutuelles…

En réduisant ainsi la question des salaires à la seule durée du travail, votre façon d'aborder ce problème est inquiétante : Sommes-nous entré dans une ère, où il n'y a plus d'augmentation de salaires à négocier ? Où l'évolution des rémunérations est déconnectée de la valeur créée et de la productivité ? C'est également ignorer d'emblée que la question du pouvoir d'achat ne se réduit pas aux seuls actifs. Qu'en est-il des retraités, par exemple, ceux là ne compteraient-ils plus ? Après avoir promis 25% de revalorisation pour les petites retraites en 3 ans, c'est royalement une augmentation d'1,1% qui est prévue cette année. Les retraités ont appris aussi à leur dépends que les promesses du candidat Sarkozy n'engageaient en rien le Président du même nom.

Vous liez toujours dans vos discours la question du pouvoir d'achat à la croissance, mais vous oubliez délibérément que celui-ci ne dépend pas uniquement de la croissance, mais beaucoup de la répartition de ses fruits. Ces huit dernières années, on estime qu'en moyenne quand les salaires gagnaient 5,3%, les revenus fonciers augmentaient de 13,2%, les revenus du capital de 30,7% et ceux du capital du CAC 40 de 80%. Est-ce vraiment revaloriser le travail que d'en faire le parent pauvre de la répartition des richesses ?

Vous nous donnez énormément de leçon sur le fait que, sans croissance, pas de valeur ajoutée donc pas de possibilité de négocier les salaires pour les entreprises. Le problème c'est que quand bénéfices il y a, le travail qui a permis de les réaliser est rarement récompensé : AXA a triplé ses bénéfices sur trois ans, elle a délocalisé 1 500 emplois. La Société Générale a augmenté ses bénéfices de 35% mais pendant qu'elle octroyait 2% d'augmentation à son personnel, elle réévaluait de 40% les dividendes versés aux actionnaires. BNP Paribas, rentabilité en progression de 50% sur trois ans, pas d'accord salarial. Et la liste n'est pas limitative

Difficile dans ses conditions de parler de revalorisation du travail.

Enfin, promettre une amélioration du pouvoir d'achat liée aux seuls RTT ou au versement d'une prime, c'est faire croire que l'incertain et le conjoncturel peuvent compenser pour les ménages une explosion des prix et des charges, bien réelle et visiblement structurelle. Des ménages qui doivent faire face à une augmentation considérable des prix des produits alimentaires de première nécessité, à une hausse du fioul de 56%, à l'explosion des prix à la pompe, à une augmentation des loyers et des charges locatives de 30%. A cela, le Président du pouvoir d'achat ajoute 6% supplémentaire sur la facture de gaz et la mise en place des franchises médicales.

Ces dépenses sont d'autant plus lourdes pour le budget qu'elles sont en grande partie contraintes : Quel qu'en soit le coût on est obligé de se loger, de se déplacer, de se chauffer et de se nourrir. Et rien ne permet d'espérer que ces charges vont se réduire dans les mois qui viennent. Ce qui se profile, pour ceux qui ont un emploi, c'est « travailler plus, pour payer plus. »

Le deuxième article de ce texte ne manque pas non plus de piquant. Portant sur la participation, il propose tout simplement aux salariés d'augmenter leur pouvoir d'achat en dépensant leurs propres économies.

Faire passer une baisse de l'épargne pour une augmentation du pouvoir d'achat, il fallait l'oser !

On voit bien que vous espérez qu'en puisant dans leurs économies, les français soutiendront l'activité, mais outre que le déblocage de la participation ne concerne que 6% des salariés, son impact sur l'économie n'est que potentiel : Encore faut-il que l'employeur le veuille et le puisse. Une fois encore, le déblocage de la participation ne dépend pas du salarié.

Surtout, cette proposition ne tient absolument pas compte de l'environnement financier des entreprises, ni du fait que la majeure partie de notre tissu économique est constitué de PME et TPE dont la trésorerie est souvent réduite.

Elle ignore aussi délibérément les conclusions du rapport de Jean-Pierre Balligand qui notait qu'un très grand nombre d'entreprises ne provisionnait pas leurs réserves de participation. C'est dire si parfois il sera difficile de trouver les liquidités disponibles pour répondre aux demandes des salariés.

Même parmi celles qui jouent le jeu, la plupart des PME ne disposant pas de beaucoup de capital, elles ont placées, dans leur bilan, leurs réserves de participation. Dans ces conditions, les réserves de participation étant intégrées en quasi fonds propres, elles ne sont ni disponibles, ni aisément mobilisables.

Cette mesure a donc l'inconvénient d'être difficile à appliquer, voire contre-productive, si elle devait aboutir à déstabiliser les entreprises. Quant à la relance de l'activité, l'expérience menée en 2004 a montré que le déblocage n'était pas un outil très efficace. A l'époque, seul un tiers des sommes était allé vers la consommation, le reste étant retourné vers une autre forme d'épargne.

Mais notre collègue Nicole Bricq reviendra plus largement dans la suite de cette discussion sur la question de la participation.

Enfin, le troisième article, le versement d'une prime exceptionnel et défiscalisée, reste également à l'entière appréciation des entreprises et ne dépend toujours pas du besoin du salarié, mais des moyens et de l'appréciation du patron. Cette mesure n'offre pas plus de garanties que les autres et il est aussi difficile, que pour les précédentes, d'en évaluer l'impact tant il est évident qu'elle ne s'appliquera qu'au cas par cas.

A des difficultés générales, exprimées collectivement, ce sont des réponses partielles, réservées à quelques uns, que donne ce gouvernement. La proposition de loi sur le même thème que le groupe socialiste à rédiger, veillait au contraire, à ne laisser personne au bord de la route. Ainsi la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité concerne chacun d'entre nous et l'augmentation de la prime pour l'emploi touche tous les salariés modestes. Le conditionnement des aides publiques aux entreprises à des négociations salariales fait œuvre de justice sociale. Quant à la lutte contre la précarité du salariat, elle est au cœur des attentes de notre société. En proposant l'abrogation des franchises médicales, la mise en place du chèque transport et surtout l'instauration d'un bouclier logement, ce sont des réponses concrètes et ciblées sur l'amélioration du quotidien, que nous voulions apporter. Mais nous n'avons pas été entendus.

Thierry Repentin, qui s'exprimera au nom de notre groupe dans un moment, reviendra d'ailleurs tant sur vos propositions en matière de logement, que sur celles que nous défendons.

L'irruption au premier plan des préoccupations de nos concitoyens de la thématique du pouvoir d'achat ne témoigne pas d'une inquiétude conjoncturelle. Elle n'est pas qu'une mauvaise passe à surmonter. Elle s'appuie sur une peur bien réelle, celle d'un avenir où le travail ne sera même plus gage d'insertion, de stabilité, et de sécurité. Elle se nourrit de l'augmentation de la précarité, du développement du temps partiel, des coups portés à la législation du travail et de la régression de notre protection sociale.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire ici-même lors du débat sur le Grenelle de l'Insertion, selon une étude réalisée auprès de l'ensemble des pays de la communauté européenne, à la question : « avez-vous personnellement peur de devenir des exclus ? », 55% des Français répondent oui. Plus significatif encore, ce pourcentage est le plus élevé parmi tous les pays consultés et est commun à toutes les catégories socio-économiques. Un résultat d'une telle ampleur montre que les Français pensent que l'évolution de leur situation ne dépend pas de facteurs individuels sur lesquels ils auraient prises.

 

Le moins que l'on puisse dire c'est que cette loi ne risque pas de ranimer l'espoir. Cette loi n'est qu'un placebo en attendant le remède de cheval que le MEDEF concocte avec votre bénédiction. Nous avons déjà avalé la pilule de la flexisécurité, demain nous aurons le bouillon « abandon de la durée légale du travail et contrat unique ». Et vous comptez sur la peur du chômage et de la précarité pour que le patient soit docile.

Aujourd'hui en ne proposant que des réponses à court terme, le développement de rémunérations annexes et aléatoires,c'est un message clair que vous adressez aux Français : ne comptez plus que sur vous-même. Et si vous n'avez que votre force de travail, vous êtes du côté des perdants.

Non seulement les Français ne se sentent plus maîtres de leur destin, mais avec vous, ils savent qu'ils sont abandonnés à leur sort.

 

Source : http://www.ps-valdoise.fr

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