Invitée
au journal télévisé de France 2, Ségolène Royal confirme son opposition
ferme au projet de taxe carbone avancé par le gouvernement:
"Les français n'ont aujourd'hui pas le choix entre un véhicule
propre ou leur véhicule. (...) Le réchauffement climatique est un
problème majeur, il faut changer de civilisation pour protéger la
planète. (...) Une fiscalité écologique peut être très efficace".
FRANCE 2 JOURNAL – Le 30/08/2009 – 20:08:11 Invitée : Ségolène ROYAL, PS – direct, Poitiers (Vienne)
Olivier GALZI
Alors, cette université d'été du PS a-t-elle permis de ressouder les
troupes ? On va poser la question à Ségolène ROYAL ; elle est en direct
de Poitiers. Bonsoir, Madame ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir. Olivier GALZI
Etes-vous d'accord, ce soir, avec la feuille de route dessinée par
Martine AUBRY, ou est-ce que vous avez encore quelques réserves ?
Ségolène ROYAL
C'est une bonne séquence. Et je crois qu'il était temps, puisque
depuis un an les Français voyaient les socialistes se diviser, les
socialistes perdre les élections européennes. Donc je crois
qu'aujourd'hui c'est une bonne séquence. Il faut se mettre au travail,
il faut vite tourner la page. Il faut que les socialistes s'occupent
aujourd'hui, et que la gauche s'occupe essentiellement de ce qui se
passe dans le pays. Je crois que la mission de la gauche est d'abord de
résister au recul des acquis sociaux, qui se prépare pour la rentrée.
C'est d'affronter aussi la lutte contre l'augmentation fiscale. Et je
suis contente de voir que le Parti socialiste a changé sa position sur
la taxe carbone, parce qu'en effet, qu'est-ce qui attendait les
Français à cette rentrée ? C'est un impôt nouveau, avec un prétexte
écologique, alors que la plupart des Français n'ont aujourd'hui pas le
choix entre le fait de choisir une voiture propre, ou au contraire de
prendre leur véhicule. Autrement dit…
Olivier GALZI
Madame ROYAL, justement, sur cette taxe carbone, vous aviez dit que vous étiez contre…
Ségolène ROYAL
Oui.
Olivier GALZI
…ce matin, Daniel COHN-BENDIT a déclaré que vos propos étaient – je cite – absolument ridicules. Vous lui répondez quoi ?
Ségolène ROYAL
Je pense qu'il n'a pas vu la totalité de ma déclaration. En tout
cas, ce que j'observe, c'est que si je n'avais pas parlé, tous les
leaders politiques, tous les responsables politiques étaient d'accord
pour cet impôt nouveau. J'ai trois choses à vous dire, sur cette taxe
carbone. D'abord, c'est que le réchauffement climatique est un problème
majeur, et qu'il faut aujourd'hui changer de civilisation, pour
protéger la planète. Deuxièmement, c'est que des solutions existent. Là
je vous parle d'une région, qui est classée première région d'Europe
pour le plan photovoltaïque, avec 600.000 mètres carrés de panneaux
photovoltaïques, et qui la semaine prochaine va ouvrir le premier lycée
après pétrole, avec 100 % énergies propres…
Olivier GALZI
Simplement, Madame ROYAL, quand on entend…
Ségolène ROYAL
…et la troisième chose, si vous permettez, la troisième chose, c'est
qu'une fiscalité écologique peut être très efficace. Je vais vous
donner un exemple… oui ?
Olivier GALZI
…pardon, Madame ROYAL, mais quand on entend Monsieur COHN-BENDIT
dire que c'est stupide – enfin, ce sont ses propos –, ridicule, pardon,
d'être contre, ça va être compliqué de faire la maison commune avec les
Verts, à gauche, quand même ? Vous êtes d'accord ?
Ségolène ROYAL
Je ne crois pas, parce qu'il faut en débattre, et il faut que les
vrais arguments soient avancés. La fiscalité écologique peut être une
chose très efficace, à condition qu'elle soit juste. Est-ce qu'il est
juste aujourd'hui… et je crois que beaucoup de Français qui nous
regardent n'avaient pas compris ce qu'était cette taxe carbone. C'est
un impôt nouveau sur l'essence, sur le gasoil, et sur le fioul
domestique. Est-ce que oui ou non aujourd'hui les Français ont le choix
entre choisir une voiture électrique, et choisir une voiture à essence
ou au gasoil ? Non ! Donc cette taxe est particulièrement injuste.
Alors qu'une fiscalité écologique peut être très efficace, si elle est
juste. Par exemple, la fiscalité sur les déchets, que j'ai fait lorsque
j'étais ministre de l'Environnement, a permis la résorption de toutes
les décharges sauvages, plus la création d'une industrie liée aux
déchets. On peut faire la même chose. Aujourd'hui, il faut d'abord que
le gouvernement développe les transports en commun propres, la voiture
électrique, qui peut sauver l'industrie automobile française. Et
ensuite, on mettra un système de bonus / malus, pour que l'orientation
des comportements des Français puissent permettre la protection de la
planète. Voilà une écologie intelligente.
Olivier GALZI
Madame ROYAL, rapidement, un mot sur les primaires. Ça a été aussi
un gros enjeu, pendant cette université d'été. On dit qu'elles vont
être ouvertes. Vous, personnellement, vous souhaitez qu'elles soient
ouvertes ? Jusqu'où ? Qui votera ? Qui pourra se présenter ?
Ségolène ROYAL
Vous savez, moi je me suis imposé une discipline et une rigueur de
comportement : je ne veux pas évoquer les problèmes internes du Parti
socialiste…
Olivier GALZI
Mais vous avez un avis, quand même ?
Ségolène ROYAL
…j'ai un avis, mais je ne vous le donnerai pas. Je pense que le
Parti socialiste doit régler, et la gauche doit régler maintenant ses
problèmes, entre eux, et pas devant la place publique. Je pense que les
Français en ont vraiment assez d'entendre parler de primaires,
d'alliances, d'élection présidentielle de 2012, alors qu'aujourd'hui le
principal problème à cette rentrée, c'est l'augmentation des impôts,
c'est l'augmentation de l'endettement des familles, c'est la crise qui
est toujours là, c'est 600.000 jeunes qui vont arriver sur le marché du
travail sans trouver d'emploi. Et l'urgence, l'urgence que doit
aujourd'hui, la décision que doit prendre aujourd'hui le président de
la République, c'est de faire en sorte que les banques fassent leur
travail de prêt aux entreprises. C'est la seule façon de débloquer
l'activité économique et l'emploi. Et je crois qu'il est urgent de
mettre fin aux bonus, pour réintégrer le système bancaire au service de
l'économie, et pas au service de la finance.
Olivier GALZI
Merci, Madame ROYAL, pour vos réponses, et pour avoir accepté cette
invitation. Vous étiez, je le rappelle, en direct de Poitiers.